3 ans de toi

Tu t’appelles Hugo, et je suis ta nounou. Enfin je suis …. ce n’est plus le bon temps de conjugaison, j’étais, enfin non pas tout à fait.. je ne le serais bientôt plus, mais pour quelques heures je le suis encore !

Ces dernières heures à passer tous les deux, à te regarder jouer, t’inventer des histoires. Je grave ces dernières images profondément dans ma mémoire. Ton air canaille, tes yeux malicieux, ton épi sur la tête, ta moue boudeuse, ton sourire timide…

Cela fait trois ans que je te garde, trois ans que tu as débarqué dans ma tribu à peine âgé de 9 mois. Dès l’entretien, ça été le coup de coeur avec tes parents, l’entente est passé tout de suite. Ils cherchaient un accompagnement, une méthode douce, une assmat qui aime les activités : le feeling a été réciproque.

Ils n’habitaient pas à côté, ils auraient pu trouver plus près mais tant pis, le feeling était passé on ne peut pas revenir dessus.

Alors début septembre 2016, tu as intégré la tribu. Chloé avait alors 6 ans, Manon allait sur ces 4 ans et toi, tu avais 9 mois. Un petit bébé déjà bien éveillé qui découvrait la diversification et sa liberté de mouvements. En plus de toi, il y avait les soeurs : Lou et Jeanne avec laquelle tu avais 2 mois d’écart.

L’adaptation s’est super bien passé, les deux années ont filé à la vitesse de la lumière : tu as marché, puis couru, devenu fan de peinture, de rouge, de héros, de voiture, de courses… Tu as parlé et là on t’a plus arrêté : une pipelette ambulante. Et là, tu es devenu propre, tu as gagné en autonomie (t’habiller, manger, mette tes chaussures…) du coup, à grand pas, l’école est arrivé. Tes parents entre temps avaient déménagé dans le 8ème, loin de chez moi. Je sentais la fin arrivée. Les soeurs me quittaient aussi, car Jeanne rentrait à l’école elle aussi et elle y resterait la journée, ce n’est que la continuité de la vie.

On nous prévient en formation « ne vous attachez pas » !!! mais bien sûr, c’est le conseil le plus simple et le plus idiot que j’ai jamais attendu ! Passer entre 8 et 10h par jour avec une personne sans jamais s’attacher à celle-ci, un petit être que vous voyez grandir, qui vous fait des câlins, des bisous, des bêtises, des colères, …. mais qui vous saute dans les bras dès qu’il vous voit !!! Je vous mets au défi d’y arriver !

Mais non: faux départ ! tes parents ont souhaité que je continue. Alors on a fait une dérogation et tu as intégré l’école de mes filles. Ces chipies qui te considèrent comme leur petit frère, surtout Manon qui adore jouer avec toi et qui va encore profiter de toi chaque midi.

Alors on est reparti pour une année, une dernière, je le sens, je le sais… La sentence tombe en mars, vous avez du mal à me le dire, mais j’ai besoin de le savoir de me projeter pour m’organiser à la rentrée. Je sais que ce n’est votre choix, que si vous pouviez faire autrement vous le ferez. Pour moi votre décision est normale, ce n’est que la continuité de la vie.

L’école vient de se finir, tu dis au revoir à ta maîtresse, et à cette école dans laquelle tu n’entrera plus, dans laquelle je n’irais plus te chercher l’année prochaine. Ce dernier jour est lourd d’émotions pour moi, mais je ne montre rien, je n’ai pas le droit pour toi ! Car ce n’est qu’une page qui se tourne, tu vas rentrer dans une nouvelle école, avec une nouvelle classe, de nouveaux amis, ce n’est que la continuité de la vie.

Tu passes tout le mois de Juillet avec moi, avec nous : miss L, mademoiselle A, Chloé et Manon. On enfin je profite de chaque moment, souvent facile mêlés de rires et de jeux parfois difficile, la fatigue, la chaleur, les tensions font que des disputes éclatent, mais c’est normal c’est la vie.

Je n’ai pas vu passer ce mois de juillet, il a filé, où est-il ? Où sont passé ces trois années ? où est passé ce bébé que j’ai bercé, rassuré ? Où est passé ce bébé que j’ai nourri ? où est passé ce bébé que j’ai relevé quand il tombait ? où est passé ce bébé que je rassurais quand il avait peur ? où est passé ce bébé que je berçais quand il se blessait ?

Il est parti ? non il a juste grandi, je suis toujours là pour l’aider, mais il a moins besoin de mon aide qu’avant. Il s’est transformé en un petit garçon plein de ressources, de répondant, de charisme, dans lequel on devine un jeune homme attentionné, charmant et un rien canaille.

Ce soir je te dirais au revoir, j’espère que ça ne sera qu’un au revoir.

Ce soir, je ferai le bilan de ta journée une dernière fois

Ce soir, je te serrai dans mes bras une dernière fois

Ce soir, je te ferai un bisou pour la dernière fois

Ce soir, je te souhaiterai bonnes vacances, mais pas seulement, je te souhaiterai aussi une bonne continuation, une bonne rentrée et une belle vie épanouie et enrichissante.

Ce soir je te regarderai partir avec ta maman, le coeur serré, les yeux surement humides, mais c’est normal c’est la continuité de la vie.

Tes parents me remercieront, mais je n’ai fait que mon métier, un métier que j’aime, dans lequel je m’épanouis tous les jours, mais qui est parfois difficile.

Ces départs sont le côté ingrat de notre métier, une page se tourne, une autre s’écrira, la tribu est complète pour septembre.

Un nouveau chapitre s’ouvre….

 

31 thoughts on “3 ans de toi

  1. C’est très touchant ce que tu écris. Je me rappelle encore quand nous avons dit « au revoir » à la nounou de notre fils. Trois ans également qu’elle le gardait. Nous l’avons revue qu’une seule fois depuis, mais de temps en temps nous lui envoyons un message, une photo, une petite vidéo. ça marque !

  2. Effectivement les nounous ont un métiers difficile quand les enfants grandissent ils partent pour de nouveaux horizons …
    on s’attache vite à ces petites bouilles d’amour !

  3. Clairement un métier que je ne pourrais jamais faire pour ce côté là. Rien que te lire, j’en ai les larmes aux yeux. Je n’imagine même pas comme ce sera dur dans un an quand il faudra que mon bébé aille à l’école et quitte sa nounou !

  4. Coucou,

    Je suis bien d’accord, c’est impossible de ne pas s’attacher à quelqu’un, d’autant plus à un enfant après 3 ans ! Cela pourrait être comme ton enfant, ce n’est pas évident ! Mais comme tu le dis, c’est la vie, une page qui se tourne, une autre qui commence !

    Belle journée,
    Laura – Bambins, Beauté et Futilité

    1. ce qui me rassure c’est que ce que je ressens pour les petits que je garde est entièrement différent de l’amour que je porte à mes propres enfans.

  5. C’est un texte plein d’émotions que tu as écris. J’ai accueilli mon premier enfant l’année dernière et pour moi ça a été un soulagement de le voir partir. C’était un enfant perturbé par sa situation familiale, qui était très virulent et parfois violent. Tout ce que je ne conçois pas, mais j’ai honoré mon contrat.
    La semaine prochaine, j’accueille un nourrisson de 3 mois et j’ai tellement hâte ! Je connais déjà un peu la maman, ça me retire un petit stress.
    Je te souhaite une belle rentrée avec ta nouvelle tribu !
    Elsa

  6. Tes mots me touchent beaucoup car mon cadet est entré à l’ecole cette semaine.
    Nous avons dit au revoir à la garderie en juillet. Et j’ai eu le coeur bien serré (je l’ai encore).
    Je me suis d’autant plus attachée à l’équipe que l’annee précédente, il était allé quelques jours par semaine dans une crèche et ça s’était très mal passé.
    Lire ton ressenti « de l’autre côté » me rappelle les yeux brillants que sa référente a eu lorsqu’ils se sont faits leur dernier câlin.
    Bien sûr qu’on vous dit de ne pas vous attacher mais quand un coup de cœur arrive, impossible de l’en empêcher.
    Et de mon point de vue de parent, je préfère avoir un professionnel qui est attaché à mon enfant et qui donc s’en occupé à la perfection. Plutôt qu’une personne qui fait son job avec détachement… j’ai eu l’occasion de voir ce que ça donne et ça ne fonctionne pas, en tout cas pas avec mon petit sensible qui a besoin de contact et de réconfort si il faut.
    Continue à faire ce joli travail et merci d’être aussi investie pour ces petits

    1. c’est techniquement impossible de ne pas s’attacher si on veut donner aux enfants les moyens de croire en eux le détachement permets pas de faire passer la confiance

  7. Ton article est tellement émouvant ! Je suis, pour ma part, de l’autre côté de la barrière, celui des parents qui laissent chaque jour un petit bout d’eux avec souvent de l’appréhension malgré la confiance… Mais je sais aussi bien que les nounous comme toi s’attachent forcément aux enfants qu’elles gardent, elles s’en occupent souvent plus (au niveau du volume horaire) que leurs propres parents !! J’ai aussi dû stopper mon contrat récemment car la nounou de mon Moyen n’avait plus de place pour son nouveau petit frère…heureusement nous la voyons toujours à l’école ! Sinon la coupure aurait été difficile…

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